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LEGUIDO2:
SOMMAIRE Numéro 2 - Juillet 2003 Expositions restaurant "Le Km 8" François VILLENEUVE:
Un breton déraciné amoureux de la mer et de la photo, deux passions réunies autour
des “Charpentes marines” du port d’Essaouira. Houda KHALLADI: Née le 9 Mai 1970
à Tanger, Houda KHALLADI a commencé a peindre dès son plus jeune âge. Après ses
études, elle suit des cours de dessin à l'école "Formes et couleurs " de Lausanne.
L'artiste peint principalement les fleurs, avec un soucis du détail et l'éclat
des couleurs. un sentiment de fragilité et légèreté se dégage de sa peinture.
Actuellement son travail se concentre sur la calligraphie arabe, avec un grand
éclat de couleurs, et l'architecture avec le soin du détail. Exposition "Agenda
21" Hassan HAJBI: Natif de Casablanca, il vit à Essaouira. Amoureux de la photo
depuis son plus jeune âge, son oeil emprunte au quotidien ce qu’il y a de plus
beau. Par son inspiration artistique, il essaye toujours de donner un nouveau
style de vie à ses images.... Inauguration du Guido La ville d'Essaouira bouge,
change, évolue…les activités et initiatives se multiplient. Mais Essaouira demeure
celle qu'elle a toujours été, battue par l'océan, étouffée par le sable,.....
Les Bijoux Berbères Dans les bijoux berbères, les pierres précieuses et semi-précieuses,
surtout, occupent une place de choix. Elles agissent dans d'innombrables pratiques
magiques comme des remèdes ou des charmes pour assurer une possession ou pour
en délivrer.... Les tapis BOUJROUÏT Ces tapis sont fabriquées par les femmes berbères
"Haha". Traditionnellement la frontière entre la zone des "chiadma", au Nord d'Essaouira,...
Lieu de mémoire: Bab Marrakech La place de Bab Marakech a nouvellement changé
de configuration; son édifice central, construit voici sept ans, familièrement
appelé "Le Presse-citron", a disparu. LE MAROC EXPORTATEUR DE SUCRE Le Maroc fut,
de longue tradition, un pays producteur de canne à sucre et exportateur de sucre.
Cette activité se développa du IXe à la fin du XVIIe siècle. Chouia, chouia Chacun
a utilisé un nombre incalculable de fois, en langage familier, ces mots "chouia",
"un chouia", "chouia-chouia"…et encore d'autant plus qu'on l'entend des dizaines
de fois quotidiennement... Instants Souiri - Littérature Je monte à la Sqala et
surtout au bastion qui le protège au Nord avec son portique à trois voûtes et
à échauguettes. Du haut de ce mirador où j’ai peine à me protéger du vent, le
spectacle marin est fantastique ... PROGRAMME DE L’ALLIANCE FRANCO-MAROCAINE D’ESSAOUIRA
>> Le 06 juillet à 10 H 00 à DAR SOUIRI: KIRIKOU ET LA SORCIERE Un dessin animé
de Michel Ocelot France/Belgique – 1998 – 1h10 Un film d’animation pour petit
et grand, avec juste ce qu’il faut d’humour et de philosophie. >> Le 12 juillet
à 20 H 00 à DAR SOUIRI - Concert de soutien: Fête du Chant de Marin Dans le cadre
des échanges culturels entre la France et le Maroc, l’Alliance Franco-Marocaine
d’Essaouira (AFME), a décidé de permettre au groupe Amarg Aitmaten de participer
au festival: «la Fête du Chant de Marin» à Paimpol, en Bretagne les 15, 16 et
17 août prochains. Ce festival est un véritable carrefour de rencontres entre
artistes «maritimes» du monde entier et un public de festivaliers variés. Le groupe
Amarg Aitmaten (le chant des frères) est composé de 5 musiciens tous originaires
de la province d’Essaouira et s’inscrit dans la tradition musicale du chant populaire
marocain, qui s’exprime à travers le Lâaïta ou Talghat. EDITO C'était le 7 Juin
2003, l'inauguration du Guido Le Guido Nro 2 La ville d'Essaouira bouge, change,
évolue…les activités et initiatives se multiplient. Mais Essaouira demeure celle
qu'elle a toujours été, battue par l'océan, étouffée par le sable, suffocante
sous les vents, en émergeant toujours plus forte, enchantée par sa vie maritime,
culturelle, artisanale et commerciale et enchantant ses habitants et visiteurs.
L'équipe du Guido La musique a pénétrée la ville, vaste tourbillon emportant les
âmes et les corps, pénétrant chaque recoin de rue, se mêlant aux alizés, laissant
la ville ébahie, sous le choc, inspirée toujours un peu plus. Les invités Le discours
suivi attentivement par Messieurs: (de droite à gauche) le gouverneur, le pacha,
le délégué au tourisme Fleuve de mots déversés, de paroles échangées, de promesses,
de rencontres prolongées, déversement de sons, de cris, de chants…jamais les cultures
n'ont été aussi perméables les unes aux autres. La spirale emporte sans fin Essaouira
et Mogador, Première lecture La spirale emporte sans fin Essaouira et Mogador,
l'une entraînant l'autre, leur histoire, leur artisanat, leurs traditions, leurs
moments magiques. le coktail Plus qu'une autre, Essaouira est une ville à conjuguer
à tous les temps, plus encore qu'ailleurs sa magie éternelle continue à opérer.
Les Bijoux Berbères Les tapis BOUJROUÏT Le Guido Nro 2 Dans les bijoux berbères,
les pierres précieuses et semi-précieuses, surtout, occupent une place de choix.
Elles agissent dans d'innombrables pratiques magiques comme des remèdes ou des
charmes pour assurer une possession ou pour en délivrer. On ne peut s'empêcher
de faire l'analogie avec l'Egypte ancienne où métaux précieux et pierres remplissaient
le même rôle. Le symbolisme du corail tient autant à sa couleur rouge qui l'apparente
au sang qu'au fait qu'en tant qu' "arbre des eaux", il possède la rare particularité
d'associer les deux règnes végétal et minéral, par nature. Dans le cas des populations
berbères, le corail ("marjane" en berbère, également appelé arbre des eaux), est
utilisé comme une amulette et préserve du mauvais œil. La couleur rouge offre
une élaboration symbolique dans les traditions juives et musulmanes. Conformément
aux principes de correspondances, le rouge fait référence au sang, universellement
reconnu comme étant le véhicule de la vie. " Le sang est la vie ", dit-on dans
la Bible. En outre, en tant que sang céleste, le corail est associé au soleil
et au feu. Cette couleur symbolise la grâce divine."Comme le miel teinté de rouge,
le rouge neutralise le mauvais regard" ; le miel étant la salive du Prophète,
sa saveur douce appelle ce qui est doux.(Extrait de : Bijoux berbères dans la
tradition judéo-arabe, David Rouach, ACR éditions) Ces tapis sont fabriquées par
les femmes berbères "Haha". Traditionnellement la frontière entre la zone des
"chiadma", au Nord d'Essaouira, et celle des "haha", au Sud, est donnée pour être
l'oued Ksob, à la sortie de la ville, sur la route d'Agadir. Conçue pour réagir
au prix montant de la laine, cette technique (à la base "lirette" ) consiste à
inclure dans le tapis des morceaux de tissus récupérés dans de vieux vêtements,
et qui seront noués à chaque croisement de la corde et de la trame. Un travail
pour lequel on ne doit pas compter son temps. On remarque qu'en plus d'une liberté
prise par rapport au tapis de laine marocain, les femmes improvisent également
au niveau des motifs et composition des couleurs: damiers audacieux, losanges
superposés, bandes de couleurs assorties hardiment. Chaque "boujrouït" est une
pièce unique issue de l'imaginaire d'artistes involontaires, libres de tout conditionnement.
Certains connaisseurs ne peuvent s'empêcher d'évoquer les travaux modernistes
de peintre tels que Klee, Mondrian, De Staël, Vasarely… Lieu de mémoire Bab Marrakech
Le Guido Nro 2 La place de Bab Marakech a nouvellement changé de configuration;
son édifice central, construit voici sept ans, familièrement appelé "Le Presse-citron",
a disparu. Ouverte dans la direction de Marrakech cette place fut jusqu'à la fin
du XIXe siècle le lieu de rassemblement des caravanes venues parfois de loin,
Tombouctou, Niger, Sénégal, qui approvisionnaient la ville en marchandises les
plus variées (poudre d'or, plumes d'autruches, ivoire, gomme…). Aux environs de
1910, se trouvait, à droite de la porte, un cimetière jouxté par une petite boutique
appartenant à un commerçant juif, un marabout l'encadrait à gauche, tombeau du
saint Sidi Mohamed Touil dit Sidi Ahmed ou Laaqbalte. Avant 1910 Un deuxième cimetière
se construisit les années suivantes devant le marabout. Ces deux cimetières musulmans
portaient le nom de " Cimetières de la Palmeraie " . Vers 192O, la place fut tour
à tour, souk aux potiers, souk à la chaux vive, puis au bois de chauffage. Elle
devint ensuite parc d'attraction durant les premières décennies du XXe siècle.
Ces grandes étendues libres voyaient tous les après-midi affluer les amateurs
de spectacles de plein air : conteurs, jongleurs, musiciens, danseurs, charmeurs
de serpents animaient les lieux. Au centre de la place, un puit alimentait en
eau la population de la ville. Vers 1930 Après la disparition des deux cimetières
musulmans, 60 ans plus tard, cette place, baptisée " Place Prince Moulay Rachid
", devient lieu de promenade et de repos. Le bâtiment construit au centre de l'esplanade
en 1996 devait faire fonction de Galerie d'Art afin de permettre aux peintres
d'Essaouira d'exposer leurs œuvres. Il n'eut jamais cette activité et devint café
: lieu de rencontre dans lequel on se retrouvait pour jouer aux échecs, aux dominos,
ou partager un verre. Désormais le lieu restera un espace vierge, agrémenté de
verdure, consacré aux fêtes et manifestations diverses, entre autre le " festival
des Gnaouas et musiques du monde " à la fin du mois de juin, retrouvant par là
même sa fonction première. Histoire de mots Chouia, chouia Le Guido Nro 2 Chacun
a utilisé un nombre incalculable de fois, en langage familier, ces mots "chouia",
"un chouia", "chouia-chouia"…et encore d'autant plus qu'on l'entend des dizaines
de fois quotidiennement dans le vocabulaire arabe ou berbère autour de nous. Personne
ne l'ignore il signifie, "un petit peu, une petite quantité", en français comme
en arabe, et, utilisé dans ces trois langues, il tisse des liens entre arabophones
ou berbèrophones et français et procure parfois sourires et fou rires. Un article
qui ne dit pas son nom... Mais qui sait réellement, même si l'on s'en doute, mais
peut être ne s'est-on jamais posé la question, comment il en est arrivé à être
intégré dans notre dictionnaire de langue française ? Ce mot est emprunté à l'arabe
maghrébin. Il a été introduit par les soldats français du Maghreb avec deux valeurs:
la première "doucement", avec redoublement en "chouia-chouia" (1881), ne s'est
pas maintenue. Celle de "petite quantité, un peu" (av.1870), vivante dans l'usage
familier, a donné lieu à un renversement de sens en "grosse quantité", par réinterprétation
de "petit chouia, petite quantité", dans la locution "pas chouia, pas beaucoup".
Mais comment en est-il arrivé à être intégré dans le dictionnaire de langue française
? On peut proposer un moyen simple pour reconnaître l'origine arabe d'un grand
nombre de mots français :la présence de la syllabe al- au début du mot, qui n'est
autre que l'article défini al " le ", " la " ; les mots alambic, alcool, alezan,
alcôve, algèbre, etc…sont dans ce cas. L'exemple d'amiral est plus trompeur, car
ce n'est pas au début, mais à la fin du mot français qu'il faut chercher l'article
: sans pitié pour le sens, l'expression arabe emir al bahr " prince de la mer
" a été tronquée en français pour devenir amiral, mot à mot " prince de la ",
ce qui ne signifie pas grand-chose. Ce mot est attesté dès la fin du XIIe siècle
en ancien français. LE MAROC EXPORTATEUR DE SUCRE DU IXe au XVIIe SIECLE Le Guido
Nro 2 De nombreuses industries sucrières ont été recensées au Maroc, situées essentiellement
dans le Sud du pays (Marrakech, Chichaoua, Sidi Chiker, Mogador, Taroudant, Goulimine)
et dans le Nord marocain (Tanger, Ceuta, Salé). Le Maroc fut, de longue tradition,
un pays producteur de canne à sucre et exportateur de sucre. Cette activité se
développa du IXe à la fin du XVIIe siècle. La canne à sucre sera surtout cultivée
dans de grands domaines royaux du Souss, des environs de Chichaoua (Haouz) et
d'Essaouira, avec une abondante main-d'œuvre d'esclaves noirs. Cette culture ancienne
sera développée par les Saadiens (dynastie qui régna sur le Maroc de 1554 à 1659),
qui font pour elle des travaux hydrauliques dont les vestiges impressionnants
sont encore visibles à Chichaoua. Les ruines de l'industrie sucrière de Mogador
furent mises à jour au début du XXe siècle. Elles se trouvent sur les rives de
l'oued Ksob, en pays haha à 30 Km d'Essaouira et présentent sans doute le meilleur
état de conservation. La plus ancienne sucrerie daterait du XIe siècle, et se
situe à Sidi Chiker à une vingtaine de kilomètres de Chichaoua. Les fouilles archéologiques
s'effectuèrent sous l'égide de Paul Berthier aux alentours de l'année 1959. Au
milieu du domaine bien irrigué, des installations industrielles permettent de
broyer la canne; le sucre est acheminé par des canalisations dans des moules à
grand format pour se cristalliser en pains livrés à l'exportation. Jusqu'au début
du XVIIIe siècle le sucre représente une part notable des ventes du Maroc vers
l'Europe et procure au pays le tiers de ses revenus. Le sucre est acheminé vers
des grands ports tels Agadir, Safi et Mogador pour y être exporté vers le Portugal,
la Castille, l'Angleterre, la France et Gênes. La concurrence des plantations
américaines, Antilles et Brésil, lui sera fatale. D'après Berthier Paul, Les anciennes
sucreries du Maroc et leurs réseaux hydrauliques, Rabat-Salé, 1966 "Le makzen
saadien, à n'en pas douter, exerce donc un droit éminent sur les fabriques de
sucre et probablement aussi sur les plantations de canne. Est-ce à dire qu'il
va gérer lui-même directement les établissements ?... L'industrie sucrière à l'époque
saadienne Il n'en est rien…Les sucreries étaient, pour leur exploitation, abandonnées
à des particuliers…Chose curieuse, on ne rencontre parmi eux que des Chrétiens
et des Israélites… Pouvons-nous discerner quelque chose de ce qu'était la main-d'œuvre
?... Elle devait être nombreuse et fort occupée…Dans un ouvrage célèbre traduit
du Portugais, Gilberto Freyre nous dit ceci: "Impossible de faire du sucre sans
esclaves, sans beaucoup d'esclaves. Pour planter la canne, pour la couper,…pour
dépurer le sucre,… pour purifier et blanchir le sucre dans les formes de terre…les
esclaves sont les pieds et les mains du Seigneur du moulin…" Nous pensons pouvoir
affirmer que la main-d'œuvre employée était en grande majorité, une main-d'œuvre
d'origine servile noire… Il est bon de rappeler ici que de 1591 à 1618, Tombouctou
a été entre les mains des Marocains et, … il y a eu alors de nombreux envois d'esclaves
noirs au Maroc. On peut même se demander si le besoin de renouveler son capital
humain employé sur les plantations n'a pas été, pour El-Mansour, un des motifs
déterminant, bien que non avoué, des célèbres expéditions du Soudan. Retenons
que la quasi-totalité de la production de sucre au Maroc était destinée à l'exportation;
que les profits de ce commerce devaient être suffisamment rémunérateurs pour avoir
suscité l'un des plus remarquables efforts de mise en valeur du Maroc d'autrefois."
Chichaoua, située à 100 Km d'Essaouira sur la route de Marrakech possède de beaux
vestiges des anciennes sucreries du Maroc. Pour gagner la ville, il est nécessaire
de compter, environ, une heure de route, au départ d'Essaouira. Histoire Suite
Le Guido Nr 2 La ville de Chichaoua se signale de loin dans la steppe incendiée
par une curieuse colline en forme de table, rose au milieu de la plaine jaune
et grise. Cette localité est la capitale du pays des Ouled Bou Seba (Maqil), spécialistes
du tapis: fond uni rouge foncé avec motifs noirs de personnages ou d'animaux stylisés,
serpent, chèvre. Plusieurs étalages de ces patchworks de couleurs gaies s'exposent
au regard des automobilistes. Pour accéder aux vestiges, suivre la piste en direction
de la montagne toute proche. Les ruines de l'aqueduc serpentent à flanc de colline,
et mènent aux reliquats des moulins et bâtiments de l'usine. Des traces du frottement
de la roue hydraulique sont visibles. A l'entrée de la ville en arrivant de Marrakech,
un petit panneau sur la droite et à l'entrée d'une piste, indique: "Anciennes
sucreries de Chichaoua". Il n'existe plus aucun vestige des roues hydrauliques
utilisées autrefois au Maroc pour la fabrication du sucre. On sait cependant qu'elles
étaient certainement assez proches de celles en usage ailleurs dans le monde et
aux Antilles en particulier. L'eau amenée, souvent sur des très longues distances,
par aqueduc, fait tourner une grande roue à godets. Celle-ci, par l'intermédiaire
de roues à pignons, actionne les broyeurs disposés dans la salle des machines.
Le jus sucré ainsi obtenu est conduit par des canaux vers les chaudières où il
est alors clarifié et raffiné. Le sucre est alors coulé en formes, dans de grands
moules de terre. L'endroit désertique, surplombant l'oasis, est magique, chargé
d'histoire. La création du port d'Essaouira (1760) est l'expression la plus nette
de la nouvelle politique de Sidi Mohammed Ben Abdallah (1757-1790): orienter le
commerce du Maroc vers la façade atlantique. ESSAOUIRA premier port de commerce
au début du XIXe siècle Les conditions nautiques n'expliquent pas la prédominance
que prend alors Essaouira: elles ne sont guère supérieures à celles des autres
ports marocains; formé par un chenal, le port est assez sûr pour les navires moyens
mais il manque de profondeur, s'ensable et manque de sûreté en hiver; c'est la
situation générale de la plupart des ports à l'exception de Safi qui possède une
meilleure rade. Sidi Mohammed a pourtant choisi Essaouira: il veut en faire le
point d'arrivée des caravanes sahariennes et le lieu de rassemblement des commerçants
européens. A partir de 1773 et 1780, il interdit le commerce extérieur à Agadir,
Fédala, Larrache et favorise Essaouira en y abaissant les droits de douane de
2%. Le trafic concentré en un seul lieu était mieux contrôlable, la contrebande
plus facilement surveillée et le budget des douanes mieux alimenté. Au début de
l'ouverture du port, 15 bateaux à peine y viennent chaque année. En 1780, 12 maisons
de commerce y sont établies, rassemblant près d'un millier d'Européens, Anglais,
Français, Hollandais, Espagnols. En 1798, 60 navires viennent mouiller à Essaouira.
En 1800 et sous Moulay Slimane (1792-1822), le commerce se concentre toujours
à Essaouira mais aussi à Tanger, où résident désormais les consuls étrangers.
En 1821, Essaouira est toujours nettement en tête avec plus de 40% du trafic,
suivi de Rabat et Salé puis de Tétouan et Tanger. Larrache et Casablanca ne représentent
qu'un dixième du commerce extérieur. Safi, Mazagan, Agadir sont en pleine décadence.
D'après " Histoire du Maroc ", Hatier/Librairie Nationale, 1967 Instants Souiri
Le Guido Nr 2 Je monte à la Sqala et surtout au bastion qui le protège au Nord
avec son portique à trois voûtes et à échauguettes. Du haut de ce mirador où j’ai
peine à me protéger du vent, le spectacle marin est fantastique : des vagues échevelées
déferlent longuement, blanchissant à la côte une mer verdâtre et fauve, puis se
brisent sur les rochers en hautes gerbes étincelantes. Dans l’un des créneaux,
une femme en haïk, sombre masse de laine solitaire, fait face au large et au vent.
Sur la Sqala, chaque ouverture avec le fût de son canon aux marques espagnoles
est occupée par un couple d’amoureux conversant et se regardant sous le soleil
doré qui se couche sur la mer. Je me dirige vers le port. La mer reprend ici ses
droits, elle écume contre la jetée, les mouettes planent et crient au vent en
le forçant. Une flottille de barcasses bleues et noires mises au sec sur la digue,
lourdes, me fait escorte jusqu’à la Porte de la Marine. C’est alors le spectacle
haut en couleurs de tous les bateaux de pêche : certains mouillés à quai côte
à côte dans le bassin, d’autres montés sur les aires du radoub, exhibant leurs
carènes de couleur rouge, verte ou bleue, toutes crues dans le soleil couchant.
Des hommes s’affairent encore au carénage, à la peinture, à la réparation de filets.
Je m’attarde dans cette ambiance enivrante, errant parmi ces coques dressées ou
ces barques alignées à terre. Je saisis les derniers rayons du soleil sur la Kasba
et les murs de la forteresse criblés par les embruns, les vents, les sables, les
siècles, orangés et roses dans la lumière déclinante. Mais revenir sur ses pas,
comprendre ce qui vous a manqué, ce à quoi vous avez manqué. Retrouver la face
ancienne le regard profond et doux qui attache l'enfant à sa mère, à un pays,
à une vallée. Et comprendre tout ce qui déchire, dans le monde moderne, ce qui
condamne et exclut, ce qui souille et spolie : la guerre, la pauvreté, l'exil,
vivre dans l'ombre humide d'une soupente, loin de l'éclat du ciel et de la liberté
du vent, loin de ceux qu'on a connus, de ses oncles et de ses cousins, loin du
tombeau où brille encore le regard de son ancêtre, loin du souffle de la religion,
loin de la voix qui appelle à la prière chaque soir, loin du regard du saint qui
avait choisi pour les siens cette vallée…. Ici, chaque parcelle de terre, chaque
ombre, chaque pierre roulée par le vent, chaque silhouette de colline est familière.
Chaque instant qui passe est une émotion, raconte une histoire. " L I T T E R
A T U R E Jemia et J.M.G. Le Clézio, Gens des nuages, Ed. Stock, 1997. (Compte
rendu d'un retour aux origines de Jemia Le Clézio, vers la Saguia el Hamra, vallée
asséchée à l'extrême sud du Maroc, au-delà du Draa).
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